Je regarde le temps qui se dilate et me souviens de la brisure d'un simple regard.
Quand son sourire enlaçait mes heures d'angoisse... pour les étouffer.

 

Avant que les lueurs de l'aube ne dévorent le ciel, je me blottissais contre son âme, en secret. J'avançais à tâtons, guidée par ses silences. Je m'amoncelais un peu là, dans sa tristesse et repartais le ventre lourd. J'étais l'ombre furtive qui caressait son cou de son souffle chaud. Parfois matinal, il entendait mes pas sur le seuil de ses rêves, mais la lumière chassait bien vite ses hésitances.

 

Ensemble, on arpentait les ruelles de l'espoir. On s'y est égarés de l'avoir trop cru éternel. Et nos rires imbéciles en ricochets sur les pavés. Faux-semblants.            
Chez lui, c'était ma folie que je redoutais. Nos mutismes, qui ont fait taire nos envies. Trop vite, c'est la peur qui a pris le pas sur le désir. Pour ne pas déranger l'autre, on étouffait nos fureurs, à en avoir des bleus au cœur. À trop de discrétion, on a fini par s'oublier.

Alors, j'ai cherché son éclat dans les ailleurs marécageux. Et je m'y suis noyée. J'ai préféré la fuite à la perte. Et je m'y suis noyée. Ses rictus comme des lests.       
Pourtant, les souvenirs d'un lui lumineux, baignant mon visage enténébré, revenaient me hanter dans la vase. J'ai trop souffert de son manque. Je me suis débattue, j'ai lutté contre la torpeur et la boue. Et les ongles gorgés de fange, j'ai refait surface. Avec la volonté implacable de retrouver son feu. De m'en inonder l'âme.

 J'ai cru qu'il m'attendrait. Mais la lueur au fond d'ses yeux s'était éteinte. Il s'était mis sous clé. Alors, je campai devant cette porte que j'avais si bien refermée. Sa retraite dura longtemps, mais la rouille des souvenirs acheva de ronger ses réticences. Elles finirent par céder. Et c'est lui-même qui enfonça la porte. Elle lui avait trop longtemps résisté.            
Il a fait tomber toutes les barrières.

Le temps d'une étreinte.


L'âme chavirée par l'ivresse
de ses caresses, goûtant la chaleur de son sourire, j'ai cueilli l'éclat de son être. Mais notre amour déjà se décomposait. Il se mourrait d'avoir trop fleuri. Nous avons assisté, impuissants, aux derniers soubresauts d'un embryon porteur depuis trop longtemps d'espoirs inaccomplis. Il fallut se résoudre à l'abandon. Et à l'oubli.

Mais plus je m'éloigne et plus je nourris mon deuil. J'ai beau savoir qu'ils ne sont qu'illusion, je continue à m'attacher à des spectres qui dansent dans la lumière. Je me prends au jeu des substituts. Persuadée de suivre un nouveau chemin, je m'aperçois que ce ne sont que les sillons que tracent les cadavres que je traîne. Dans les tranchées de la peine, plus rien ne brille.

Je suis las du jeu des masques !

 

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Mais comment tuer la fièvre qui bruisse dans mes viscères ?